Réseaux sociaux et déontologie médicale : tout ce qu’il faut savoir

30 octobre 2017
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2 milliards d’inscrits sur Facebook ;
350 000 Tweets envoyés chaque minute dans le monde ;
56% des français sont inscrits sur au moins un réseau social, 84% des moins de 40 ;
...
Difficile de faire l’autruche et de passer à côté du phénomène des réseaux sociaux qui envahissent notre quotidien. D’autant plus quand ces nouveaux outils favorisent les échanges et le partage de savoir entre professionnels. A condition de savoir conjuguer usage et déontologie... On fait le point !  
 
 
Pour faire le point sur l'attitude à adopter sur les réseaux sociaux, rien de mieux que de se baser sur les recommandations du Conseil National de l'Ordre des Médecins, gardien de la déontologie ! Ils ont publié en 2012 un livre blanc : "Déontologie sur le web". Décortiquons donc ensemble leurs recommandations... 
 
Pour rappel, les réseaux sociaux sont des sites internet (ou applications mobiles) qui permettent aux utilisateurs de se constituer un réseau de relations et qui favorisent les interactions sociales entre individus. C'est donc un espace d'expression public. Nous traiterons principalement dans cet article de Twitter, Facebook et LinkedIn qui sont les principaux réseaux sociaux "grands publics" utilisés par les professionnels de santé. 
 
 

L’intérêt des réseaux sociaux pour les médecins et les établissements de santé 

 
Les réseaux sociaux présentent de nombreux intérêts, inhérents à leur forme, pour les professionnels de santé : 
  • S'informer et faire de la veille. Les réseaux sociaux sont aujourd'hui l'une des principales sources d'information des internautes. A juste titre ! Les établissements de santé les utilisent de plus en plus fréquemment pour diffuser leurs informations, des offres d'emplois, des événements. Le Conseil de l'Ordre conseille aux médecins de les utiliser comme un outil de veille supplémentaire ;
  • Accélérer les échanges et la diffusion d'informations. Un réseau tel que Twitter permet de partager de l'information en temps réel et de réagir très rapidement. Le format de Twitter, qui limite les messages à 140 caractères, favorise cette rapidité et cette instantanéité dans le partage de l'information. De plus, un tweet, via les retweets, peut se propager de façon virale et toucher de nombreuses personnes. Les professionnels de santé ou les établissements peuvent donc utiliser ces outils pour communiquer une information importante ou encore une urgence (par exemple pour un besoin urgent de don de sang) ;
  • Créer un espace collaboratif. Les réseaux sociaux sont par définition ouverts et peuvent donc permettre de créer de nouveaux espaces de partages, affranchis des contraintes physiques. On voit donc l'émergence sur Facebook de groupes privés de médecins qui échangent sur leurs pratiques ou encore la naissance de "hashtag" qui permettent de demander  rapidement l'avis de tous les médecins connectés. Vous avez sûrement entendu parler de #DocTocToc très utilisé par les médecins sur Twitter. Via cet hashtag, un médecin pose une question à tous les autres médecins et demande leur avis sur un cas précis (tout en respectant la confidentialité du patient). Et les réponses fusent ! 

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  • Echanger et réseauter entre pairs. Les réseaux sociaux permettent également d'entretenir son réseau en échangeant avec des confrères. Une plateforme comme LinkedIn s'y prête très bien : elle permet de présenter son cursus et ses différentes publications sur une page personnelle et de partager des articles dans un fil d'actualité. Le but n'est pas d'y faire sa "publicité" mais de faire circuler l'information.
 

Quels sont les risques sur les réseaux sociaux ?

 
Faciles à prendre en main, instantanés, ouverts : autant de qualités qui sont au service des établissements et des professionnels de santé. Autant de risques également ! On en identifie principalement trois : 
  • Usurpation d'identité. Les réseaux sociaux ne peuvent pas parfaitement vérifier l'identité de chacun. Un utilisateur peut donc se créer un profil en votre nom ou en prenant votre pseudonyme. Il faut donc être méfiant et bien déclarer ses réseaux et pseudonymes au Conseil de l'Ordre comme on va le voir dans le paragraphe suivant ;
  • Atteinte votre image, à celle de l'établissement ou de la profession. Le personnel, s'il utilise les réseaux à mauvais escient, peut nuire à l'image d'un établissement de santé. Au même titre qu'un médecin tenant des propos indélicats peut nuire à son image sur les réseaux sociaux et même à l'image de toute sa profession. Il faut donc faire attention à chaque prise de parole sur les réseaux sociaux. En effet, elles engagent votre image mais également celle de votre profession toute entière et de l'établissement dans lequel vous exercez ;
  • "Bad Buzz". Vous avez sûrement déjà entendu ce terme ! Il désigne le bouche à oreille négatif qui peut se produire sur le web et a fortiori sur les réseaux sociaux, prenant parfois une ampleur inespérée. Par exemple, vous publiez ce que vous pensez être une plaisanterie mais qui mal interprétée par d'autres et relayée et ce des centaines de fois sur Twitter. Des personnes hors de votre cercle de relations en prenne connaissance : on appelle ça un bad buzz ! Tout récemment, on peut penser à cette campagne d'affiche d'un site de rencontre qui a fait sursauter les réseaux sociaux. Le réseau CHU relai sur son site un petit guide très instructif pour gérer le « bad buzz » dans les établissements de santé.
 
Question intéressante, celle de la responsabilité en cas de "retweet". Quand vous retweetez, vous partagez à votre réseau des propos qui ne sont pas de vous, on peut donc se poser la question de la responsabilité. Mais c'est vous qui choisissez de le porter à la connaissance de votre réseau : il est donc de votre responsabilité de vérifier les informations partagées. Pour aller plus loin, je vous conseille la lecture très instructive de cet article d’Emmanuel Netter sur les conséquences juridiques du retweet.
 
 

Les recommandations du Conseil de l’Ordre et de son livre blanc

 
Le docteur Jacques Lucas, vice-président du CNOM et heureux détenteur d'un compte Twitter, rappelle dans une interview pour le Droit-Médical.com que "le web n’est qu’un média parmi d’autres mais la déontologie médicale n’a pas à y être différente. Les informations sur la Toile et les propos sur les réseaux sociaux numériques ne doivent pas entraîner des comportements qui ne seraient ni assumés, ni acceptés, dans la vie réelle". On se penche donc sur les recommandations de l'Ordre formulées dans leur livre blanc : 
 
 

Rappel sur le devoir de confidentialité

Toutes les personnes de la chaine de soin doivent respecter la vie privée du patient. Rappelons donc que le secret couvre : ce qui est confié au médecin mais aussi ce qu’il a vu, entendu ou compris. Le médecin a également la responsabilité de veiller à ce que toutes les personnes qui assurent les soins avec lui soient informées du besoin de respecter le secret médical. 
Ces devoirs sont donc les mêmes sur les réseaux sociaux. Lorsqu'un médecin évoque un cas médical sur un groupe Facebook, dans un tweet du type #DocTocToc, il doit bien prendre soin d'assurer la confidentialité du patient et donc d'anonymiser les situations médicales. A cet égard, le Conseil recommande de transposer les circonstances, les lieux et les identités des personnes (par exemple changer le sexe si la situation peut s’y prêter). Ni le patient, ni sa famille ne doivent être en capacité de reconnaitre la situation. Si un patient se reconnait dans une "histoire médicale" et qu’il en averti le médecin, celui-ci doit immédiatement supprimer cette histoire s’il s’agit bien de ce patient.
 
 

Relations sur les réseaux et ton de prise de parole

Le CNOM est très clair sur un point concernant Facebook : le médecin doit refuser les demandes d’amis de ses patients. Ils proscrivent formellement cette proximité virtuelle dite d’"amis Facebook". En effet, elle risquerait de compromettre la qualité de la relation patient/médecin qui doit rester dans l’empathie et la neutralité des sentiments.
 
Quant au ton employé par le professionnel sur les réseaux, il doit faire très attention à l'image renvoyée et prendre des pincettes.  En effet, cette image peut avoir de l’influence sur sa propre image ou sur celle de l’ensemble du personnel médical et sur la confiance que les patients leur témoignent. Ainsi, la limite peut être fine entre l’humour et l’émotion (acceptés) et la moquerie et l’ironie blessante. A chacun d’agir alors en connaissance de cause !
 
 

L’emploi d’un pseudonyme

On remarque que de nombreux professionnels choisissent un pseudonyme pour s’exprimer sur les réseaux sociaux ou sur les blogs, même s’ils précisent leur qualité de médecin. L’emploi d’un pseudonyme leur permet de préserver le secret médical, de se garder de se faire de la publicité personnelle et de se protéger des sollicitions des internautes.
L'Ordre de son côté semble préférer que les médecins s'expriment sous leur véritable identité. En effet, même si ces derniers utilisent un pseudonyme ils doivent rester irréprochables sur le plan de l’éthique. Le Conseil rappelle également que l’utilisation d’un pseudonyme est interdite dans le cadre de l’exercice de la médecine (et puni d’une sacrée amende voire même de prison en cas de récidive !) mais autorisé pour des "activités se rattachant à la profession" (s'exprimer en tant que médecin sur Twitter par exemple).
 
A noter que les pseudonymes des médecins doivent faire l’objet d’une déclaration auprès de l’Ordre selon le Code de la Déontologie Médicale. On parle de "pseudonymat enregistré".
Cet enregistrement a pour but de protéger les médecins de l’usurpation d’identité sur le web. Au même titre, ils proposent de référencer les comptes de micro-blogging (Twitter notamment) sur le site web de L’Ordre. Le référencement ne vaut pas pour approbation des contenus publiés mais permet simplement de garantir qu’il s’agit du véritable compte du médecin.
 
 

Quelles sont les sanctions prévues ?

Les débordements peuvent s’accompagner de sanctions fermes. Selon le code de la santé publique, et plus précisément l’article R4127-31 sur la déontologie médicale, "tout médecin qui agirait ainsi de manière à déconsidérer la profession doit être averti qu’il pourrait devoir en répondre devant les juridictions disciplinaires, même si l’acte a été commis en dehors de son exercice professionnel, mais en faisant usage de sa qualification".

De plus, comme nous l'avons vu précédemment, il est formellement interdit d'exercer la médecine sous pseudonyme, sous peine d'amende voire de prison.

 

Vous êtes briefés sur le sujet des réseaux sociaux ! J'espère qu'ils vous apparaissent moins nébuleux et que les règles d'usages vous paraissent plus claires :)

N'hésitez pas si vous avez des questions à me les poser en commentaires. A bientôt ! 

 

 

Ecrit par Léa J.

Responsable de la communication chez MonDocteur
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